Moati & Chandon, mauvais cru ?

Le documentaire de Serge Moati sur les trans sera diffusé le 17 mai, la petite fiche officielle sur le sujet étant disponible sur le site de france 5.

Et déjà sur Minorités, un article, signé Hélène Hazéra, est disponible. Intitulé Basta avec vos fantasmes sur les trans, il me fait persister sur la conclusion de ce billet, à savoir l’échec quasi-systématique de nos participations individuelles dans une démarche médiatique face à un œil étranger à la question à porter des messages politiques.

Ironiquement, l’auteure reproche de s’attarder sur des détails de son existence ce qu’offre exactement la longue introduction. Mise en abîme ?
Néanmoins, la conclusion limpide se résume dans cette question :

de quelle autre minorité peut-t-on parler ainsi à la télé ?

Car au-delà du jeu des ressemblances, c’est l’enjeu médiatique, peut-on même parler d’une minorité qui se compose forcément de milliers d’individualités? Le projet de la société du spectacle est-il compatible avec l’éthique?

Média Clash

L’exercice de style qui va suivre relève d’une prétention qu’il falloir assumer ce que je fais donc ici en préambule. Il s’agit de parler de 3 documents vidéos différents dont je n’ai vu aucun, n’ai eu que des échos. Ces documents ont en commun de donner, entre autre, la parole à des personnes concernées par les modifications corporelles impactant la perception du genre qu’aura la société à leur encontre. Mais surtout, aucun de ces documents n’a réussi à donner une réponse qui semble satisfaisante sur la place donnée aux intéresséEs.
Donc voilà, démarrons cet exercice avec la décence d’admettre ma prétention, donc la limite de l’analyse de facto, et ma seule piètre justification sera ma participation a un exercice du même style dans le Journal de la Santé. Continue reading

Le piège des maux ?

La nouvelle du week-end pour le monde trans et les mondes avoisinnants, c’est le relai par la presse d’un décret retirant le “trouble précoce de l’identité de genre” d’une liste qui fondait l’ALD 23, celle-là même qui recouvre des troubles mentaux lourds. Ce qui fait débat dans la seconde de cette annonce, c’est le choix du terme dépsychiatrisation.

Pourquoi tant de … de quoi d’ailleurs ?

Le terme dépsychiatrisation renvoie directement à la relation de tutelle des psychiatres aux trans. Or ce décret n’en change pas un iota. À la différence, par exemple, de la question de l’homosexualité qui une fois sortit de la liste des maladies mentales faisait disparaître, dans l’absolu, l’agenda de rencontres d’unE homoE avec unE psyE puisque vivre son homosexualité *sic* ne passe pas par une prise hormonale et/ou une chirurgie, qui ici reste soumise à une expertise psychiatrique.
Mais, sympathique similitude, la loi ne faisant pas ce que pensent les gentes, ça n’a pas empêché en 1981 beaucoup de monde de continuer de considérer les homoEs comme des malades, ça n’a pas empêché des parents de tenter des “ré-éducation”et certainEs psyEs de proposer ce service, et donc notre décret n’aurait rien changer à ce que pense les psyEs de nous.

Nous voici donc dans une situation inédite qui veut que la “Loi” ne nous considère plus malades mentales, ce que nous n’étions clairement que depuis octobre 2004 d’ailleurs, mais le corps médical nous accueillera toujours par son service de psychiatrie.

80 miles par heure !

De retour à une situation antérieure avec Doc Bachelot et Marty Bedos et notre décret-DeLorean, se pose la question de ce qui sera pris en charge et à quelles conditions. Car qui dit ALD, dit liste des actes pris en charges, et le décret parle bien d’une ”exonération de participation au titre du 4o de l’article L. 322-3 du code de la sécurité sociale”, qui dit :

a) Le bénéficiaire est reconnu atteint par le service du contrôle médical soit d’une affection grave caractérisée ne figurant pas sur la liste mentionnée ci-dessus, soit de plusieurs affections entraînant un état pathologique invalidant ;

b) Cette ou ces affections nécessitent un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse ;

Le “petit b” nous laisse espérer donc pour la chirurgie mais, là encore, ne nous dit pas si cela prendra en charge celles réalisées autrement qu’en France dont le retard en terme technique n’est plus à démontrer. Y aura t-il de nouveaux des batailles de E-112, le formulaire permettant le remboursement de soins réalisés à l’étranger une fois démontrer qu’il n’aurait pas été possible d’avoir aussi bien en France ? Bref rien n’est joué.

Et a-lors ?

Il y a clairement un virage qui s’opère mais qui peut parfaitement aller dans le décor, les mois qui vont suivre nous apporterons les réponses aux conditions de reconnaissances de la TSidentité par le corps médical, de la liste de ce qui est pris en charge et de quelS pointS d’entréS (hôpitaux, secteur privé, mixte, “centres de compétences) nous sont ouverts.
Mais, et pour en revenir au titre, il n’y aura pas eu à proprement parler de dépsychiatrisation mais une dépathologisation administrative, d’où le piège des mots, d’où un achoppement dans le monde associatif. Et cet autre piège, le piège des maux, c’est que l’idée de maladie n’aura pas été dépassée, qu’un refondement complet de l’approche, similaire à la question de la grossesse en tant qu’ état, n’a pas eu lieu.

43, dommage je préfère le 42

Souvenons nous, Roselyne Bachelot annonçait fièrement la fin de la psychiatrisation des transsexuelLEs il y a quelques mois… et qui pour l’heure n’est toujours qu’un effet d’annonce, c’est à dire sans suivi d’un décret qui correspond à intégrer le dit transsexualisme, du nom de la dite pathologie auquel je préfère à tout prendre transsexualité même si il y a là un beau piège, au sein de l’ALD 43. L’ALD43, c’est donc la garantie d’une prise en charge puisqu’ALD veut dire Affection Longue Durée et 43 est la référence à une liste précises d’affections et surtout de son cortège de soins pris en charges.

On passe aux autres (mauvaises) nouvelles ?

  • cette 43° liste s’appelle “Affections psychiatriques de longue durée – Troubles anxieux graves”. Claire que nous ne sommes plus psychiatrisés avec un intitulé pareil…
  • les actes remboursés dans la dernière édition (octobre 2009) ne couvre absolument pas le moindre acte chirurgicale pour ceulles qui auraient voulu une modification corporelle. Donc, supposons que si le décret traine c’est pour faire mettre la liste à jour? Où serait-ce l’inverse? Le premier qui bouge a perdu?
  • à part de l’antidépresseur, pas la queue d’une hormone dans la liste des substances prises en charge… ok je triche c’est redondant avec l’élément au dessus

Si vous voulez vous amuser, le document est accessible .

Nous voulons bien être patientEs mais quand même !

J’en reviendrai, en conclusion, à un laïus que je traine depuis quelques années maintenant. La Santé Publique n’a aucun mal de s’accommoder de la prise en charge de la maternité sans que cela soit une maladie, et que la Santé ça n’est pas qu’histoire de maladies, virus et agents pathogènes mais du bien-être dixit, rien de moins, que l’ OMS.
De ce constat, réaliser une prise en charge en dehors d’une approche pathologique changerait la relation que le corps médical nous oppose,actuellement coercitive,paternaliste, infantilisante et dé-responsabilisante, permettrait de reposer sur d’autres professionnels de sante comme le médecin généraliste, ajoutant en fluidité et en disponibilité de praticiens consultables, et permettrait le respect des énoncés des individus (ex: rejet d’une chirurgie sur les organes génitaux et/ou gonades, chirurgie sans prise hormonale).

A suivre