Voilà quelques jours que c’est terminé un projet, une expérience, une tentative aussi. C’était Barbary Lane 2, BBL2, une colocation à 5 dans une maison à Montreuil, trouvée et obtenue avec une bonne dose de hasard. Plus courte que prévue, elle aura vécu un peu moins de 2 ans, aura hébergée de manière régulière a minima 8 personnes et même plus encore. Alors les “Fin” sont un clap idéal pour un bilan, du moins pour moi, là ça l’est.
Trois axes se détachent pour décrypter tout ça, un axe logistique, un axe politique et un axe humain.
Frotte (FC)
La logistique, c’est un peu la bête noire de n’importe quelle organisation humaine, que ce soit dans le monde militant, dans le monde du travail ou dans le quotidien.
Nous n’aurons pas échappé à la règle, c’est sans doute le point le plus noir du bilan même s’il n’est au final que gris. Car la maison a tenu, il y avait à manger, ça n’était pas trop sale ni trop mal rangé… il n’y a que la vaisselle qui a du constitué notre plus important point d’achoppement, car elle est bêtement à refaire tous les jours. A titre d’exemple, je connais une colocation helvète qui a un lave-vaisselle, objet de pacification de premier ordre !
Nos attentes aussi ne devaient pas toujours être les même, nous n’espérions pas la même organisation ni le même degré de rangement et nos éducations ont aussi du joué sur nos façons de ressentir ce que nous devions faire et ce que les autres devaient faire. Une partie de la fin réside dans ce point, ça n’est pas été une explosion, juste une lassitude du quotidien.
Agora
Là, il faut d’emblée dire le succès sur un point majeur : un endroit paisible pour les identités. Cela avait motivé le fait que nous nous choisissions comme colocataires et ça a fonctionné.
C’est presque aussi court que cela, d’avoir pu être nous-mêmes.
Reste juste un sentiment de décalage lié à nos origines sociales respectives qui, pour moi, a pu être à l’origine de ces désaccords dans nos vécus sur la logistique. Un petit rien de classisme peut-être, auquel je n’échappe pas.
Love me tender
C’est parti pour le final, le kir sur la cerise sur le gâteau, l’aspect humain, le fait de papoter pour rien de rien quand on se croise, se demander nos vacances, faire des fêtes, gonfler des ballons puis dessiner dessus, faire des nouvel an au poisson pané, se serrer dans les bras, le fait de tapoter pour rien de rien, etc, etc, etc, ad nauseum !
Et bien ce fut un complet succès et même si les deux points de dessus ont pu menacé celui-ci, pour ma part, je suis partie sans être dévorée par le côté obscur de la Farce, la part des choses est faite.
*Clap*
Alors ? Bah ce fut une extraordinaire aventure, la fin nous a un peu fatigué certes mais ce furent 2 ans plein de vie, plein de moments partagés. Recommencer ? Différemment, oui, ça ne m’a pas vacciné contre les collectivités.
Un dernier coup de balai sur la terrasse pour pousser l’eau au point d’évacuation de celle-ci. Il est presque minuit. J’éteins les dernières lumières, je place les seaux et balais dans le coffre. Il doit bien encore faire 25°, mon pantalon n’aura pas trop de mal à sécher. Demain, deux autres colocataires auront la lourde tâche de faire l’état des lieux de sortie avec une propriétaire à la réputation qui promet un long, trop long moment. Là, je suis seule pour ces détails, cet ultime voyage pour ne rien laisser de nous. Il y a aussi encore quelques sacs d’unE autre coloc dans le salon qui doit passer , seuls objets attestant que ce lieu était habité encore ce jour.
J’allume l’auto-radio qui crache un métal lourd, trop rugueux pour mon humeur. Je le coupe et lance le moteur, j’ai fermé les portes il y a un instant et je pleure déjà.
Fin