L’exercice de style qui va suivre relève d’une prétention qu’il falloir assumer ce que je fais donc ici en préambule. Il s’agit de parler de 3 documents vidéos différents dont je n’ai vu aucun, n’ai eu que des échos. Ces documents ont en commun de donner, entre autre, la parole à des personnes concernées par les modifications corporelles impactant la perception du genre qu’aura la société à leur encontre. Mais surtout, aucun de ces documents n’a réussi à donner une réponse qui semble satisfaisante sur la place donnée aux intéresséEs.
Donc voilà, démarrons cet exercice avec la décence d’admettre ma prétention, donc la limite de l’analyse de facto, et ma seule piètre justification sera ma participation a un exercice du même style dans le Journal de la Santé.
Appelez moi Floryan – le 4 novembre sur NRJ12
Sans doute la réalisation dont les échos en font la meilleure des 3 évoquées ici. Centrée sur une narration individuelle, il ne semble ni un succès ni un échec.
Pas un échec puisque son principal protagoniste est satisfait du résultat, ne fait pas écho d’une déception et pose clairement avoir agi en son seul nom. La séquence sur des images de sa prime enfance, qui a soulevé des commentaires, n’a pas donné lieu à désapprobation de l’intéressé.
Pas un succès puisqu’il pose le débat de nos représentations, d’un choix stratégique, le groupe ou l’individu, parler de soi ou parler de nous1.
L’exercice aboutit typiquement à un renforcement d’un type de parcours dans l’imaginaire social. Ici, il est même rassurant au regard des conventions sociales, papiers modifiés, perception sociale masculine effective, pas de désengagement du dit tissu social avec une famille proche, un travail, etc. Indéniablement, l’effet sera positif pour un groupe large qui adhère à cette démarche, et j’insiste sur le mot adhérer.
La contre-partie évidente est pour ceulles qui n’adhère pas à cette vision, à cette démarche qui se trouveront confrontéEs à d’autant plus d’hostilité intellectuelle de la part de leurs détracteurs ou ceulles qui hésitaient encore.
Étant donné la dimension personnelle de la démarche, la satisfaction de l’intéressé, la notion de reproche ne peut pas se poser et seul un débat sur les stratégies peut s’ouvrir en tenant compte des conséquences effectives ou en cherchant à répondre à la question mieux vaut-il le le plus grand nombre que touTEs.
DRAW.
Transworld – le 18 novembre durant le festival Chéries-chéris aka festival du film gays, lesbiens, trans et +++ de Paris2
Pour le coup, j’avais vu le teaser l’an passé et croisé par hasard son réalisateur, Bradley Faiky, durant une séance de tournage à Varsovie. Pas vraiment convaincue par l’ambition affichée de la démarche en décalage avec l’amateurisme perçu dans le teaser, je ne sais pas si cette dimension est encore présente dans l’œuvre finale. Ceci dit les tournages vus à Varsovie et le ressenti des personnes assurant les prises de vues me laisse croire une amélioration technique sans pour autant rendre le contenu plus dense.
Les critiques que j’en ai lu sont justes… dé-coiffantes pas dans le bon sens. A priori, trop de pathos, pas de politique alors que la réalisation est assurée par une personne trans. S’agit-il d’une prise de distance totale du réalisateur pour offrir quelque chose de brut ou bien d’une position politique assumée?
Donc attaquons le paragraphe hautement subjectif et tenons compte de l’impression que m’a toujours laissée Bradley. Il s’agira tout simplement d’être passé à côté de tout, un enthousiasme indéniable certes, mais surtout un égo important, voire trop prégnant et une prise sans doute trop à la légère de l’entreprise pour en faire autre chose qu’un exercice auto-satisfaisant et essentiellement médiatique.
Donc ce document fera parlé de lui, Bradley ayant d’indéniables talents de communicants, mais ne marquera ni durablement ni politiquement. Une suggestion en passant, l’ordre des mots est lui à voir.
FAILED.
NAÎTRE, NI FILLE, NI GARÇON – le 21 novembre sur France 3
Le document à l’origine de la rédaction de ce billet, qu’Arthur a porté à mon attention. Sa probité me suffit pour écrire ce qui suit, puisqu’il y a participé et en a fait un retour.
Ici, c’est un simple cas de trahison journalistique. Des mois de travail sur un projet de documentaire chorale avec médecins, parents et intersexes pour finir sur un montage dont le maître mot est la normalisation des corps à tout prix et surtout, le plus tôt possible, sans s’interroger sur le futur des personnes concernées.
Le téléobs en parle déjà avec cette phrase que je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager:
Mais si le troisième sexe reste une construction théoriquement intéressante, elle ne résiste pas à l’épreuve du réel.3
La messe est dite… ou presque, puisque le risque, au delà de normaliser un peu plus les idées, est de dé-crédibiliser un travail associatif porté par la personne d’Arthur au sein d’Orfeo. L’intéressé souhaiterait voir au moins son intervention retirée du reportage et appelle toute personne en accord avec cette idée à contacter France 3.On en revient ici à la question du choix stratégique vu plus haut sauf que l’intention portée, ici trahie, était de parler pour un groupe constitué qu’est l’association. A priori, la durée de la prise de vues sur plusieurs mois aura permis de saisir des éléments plus personnels qui furent ici les seuls retenus.
BETRAYED.
Un mot de la fin peut-être? La représentation médiatique est un enjeu énorme dans une société du spectacle, au point qu’il existe plusieurs groupes travaillant à la question tel que le trans media watch ou le tout récent observatoire des transidentés.
Le débat stratégique n’a pas trouvé une réponse satisfaisante pour l’ensemble des personnes concernées, à supposer seulement qu’il en existe une.
Pire, quelle que soit la stratégie, les choix de montage ou de réalisation est généralement indépendant des personnes participant à l’exercice de représentation, ajoutant le filtre journalistique et donc d’autres sensibilités.
Un biais concomitant est le choix du profil, directement lié aux objectifs, assumés ou pas d’ailleurs, par le journaliste. Profil social atypique pour encore plus de sensationnel ou bien au contraire un profil social rassurant en pensant assurer une évolution positive.
Et pour avoir opté, fut un temps pour une stratégie individuelle, en misant sur une image rassurante, il m’est évident les conséquences positives mais aussi négatives. Oui, certaines personnes ont sûrement eu du mieux grâce à pareille action mais a contrario d’autres n’en ont eu que plus d’hostilités.
L’analyse politique que j’en conçois est une stratégie médiatique de groupe, qui exclut d’assurer son auto-représentation, sur des bases ouvertes permettant à touTEs d’accéder aux modifications corporeLEs qu’iels souhaitent avec le niveau de guidage qu’iels souhaitent.
Reste l’appropriation de la fabrique de notre image qui n’est pas la garantie d’un succès mais amène un autre débat. Faut-il que ceulles les meilleurEs d’entre nous entreprennent la moindre action?
La réponse est évidemment non, il nous faut admettre nos dissensions politiques, et que personne ne soit un parangon de vertus.
- Nous n’étant pas ici la promesse d’une unité trans mais typiquement une association ou un groupe formé, qui se désigne et s’identifie comme tel par ses membres [↩]
- le nom de domaine internet choisi ne signifiant toujours que festival du film gays et lesbiens de Paris [↩]
- Source: http://teleobs.nouvelobs.com/tv_programs/2010/11/21/chaine/france-3/22/50/naitre-ni-fille-ni-garcon [↩]
Ce que je ne comprends pas, je le tue. Métaphoriquement, certes, mais voila. Classique.
Je parle d’expérience, à peu près tout ce qui touche à la notion d’identité sexuelle au sens large du terme est extrêmement difficile à appréhender par le pékin lambda en dehors d’un certain nombre de stéréotypes.
Pendant des siècles, on a considéré le sexe et le genre comme des choses binaires et intimement liées. On avait tort, mais ces vérités prennent du temps à être admises et comprises, surtout quand se greffent dessus des agendas politiques.
À la vue de l’état de différentes luttes, je soupçonne une sédimentation des corps métaphoriques qui finissent par donner quelque chose. Le lent, très lent changement en somme.
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